L'Île aux Bénitiers, cet îlot paradisiaque en forme de croissant au large de la côte sud-ouest de Maurice, est désormais étrangement silencieuse. Les plages de sable blanc autrefois animées par les touristes demeurent vides suite à une fermeture gouvernementale imposée depuis le 20 mars 2025. Cette mesure indéfinie, ordonnée par le Ministère du Logement et des Terres, vise à remédier à des années de dégradation environnementale causée par une activité commerciale non réglementée sur cette île autrefois immaculée.
L'intervention décisive du Ministère met en lumière la tension entre la préservation environnementale et la poursuite d'un écosystème touristique lucratif qui a fonctionné dans un vide réglementaire pendant des décennies. Les autorités ont souligné que cette fermeture se concentre sur l'élimination des structures non autorisées et la réhabilitation de la flore et de la faune indigènes qui ont souffert d'années d'activité humaine incontrôlée.
"Cette action vise à préserver l'environnement de l'île—sa flore, sa faune et ses écosystèmes marins—tout en assurant leur protection à long terme," a déclaré le Ministère dans une annonce récente. "La sécurité de la population et la préservation de notre environnement demeurent des priorités absolues."
L'île constituait auparavant une pierre angulaire de l'offre touristique mauricienne, particulièrement réputée pour ses croisières en catamaran avec observation des dauphins près de la Baie de Tamarin, des excursions de plongée avec masque et tuba parmi les dauphins et autour du célèbre Crystal Rock et ses déjeuners barbecue sur la plage proposant des fruits de mer grillés et des cocktails tropicaux.
La fermeture a créé une incertitude économique immédiate pour environ 150 à 200 travailleurs directement employés par le tourisme insulaire, notamment les équipages de bateaux, les chefs cuisiniers, les guides de plongée et les vendeurs de souvenirs. Tandis que les grands opérateurs touristiques ont réorienté leurs excursions vers Crystal Rock en excluant l'accès direct à l'île, les petites entreprises n'ont pas les ressources nécessaires pour se réinventer ou absorber les pertes de revenus.
Les données du marché indiquent qu'une croisière typique d'une journée en catamaran coûte désormais entre 66 et 86 dollars par personne, contre 75 à 95 dollars avant la fermeture, reflétant la pression concurrentielle alors que les opérateurs s'efforcent de retenir leur clientèle malgré une expérience diminuée. Certains prestataires touristiques signalent une baisse des réservations de 15 à 20% depuis mi-mars, date de mise en œuvre de la fermeture.
Un Historique de Défaillance Réglementaire
L'aspect peut-être le plus révélateur de la situation est que, bien que l'Île aux Bénitiers se soit développée en un centre touristique florissant au fil des décennies, le Ministère confirme qu'aucune entreprise n'a jamais reçu d'autorisation officielle pour y opérer. Toutes les activités commerciales—des stands alimentaires aux visites guidées—existaient dans une zone juridique floue, dépourvues des permis requis par la Section 22 du State Lands Act..
Les opérateurs locaux reconnaissent cette négligence réglementaire, comme en témoigne un vendeur qui a souhaité garder l'anonymat : "Nous servons des touristes ici depuis les années 1990. Personne n'a jamais demandé de permis jusqu'à présent."
Le plan de restauration du gouvernement comprend le démantèlement de toutes les structures non autorisées, la replantation de végétation indigène et la mise en place d'un système de surveillance pour prévenir de futures violations. Pour l'instant, l'île représente à la fois une victime de pratiques touristiques non durables et un cas test pour l'engagement de Maurice envers la gouvernance environnementale.